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Jessica Dillon

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Franco-américaine, 21 ans, étudiante en Master 1 de droit des affaires, mention droit anglo-américain à Paris X (Nanterre).

Franco-American, 21 years old, studying law and Anglo-Saxon law at Paris X (Nanterre University).
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May 25

Période d'examens

Bonjour,
 
Entre deux fiches de droit des sûretés absolument passionnantes du moment, je décide d'écrire mon "journal". Il semble que je me sois finalement habituée à rédiger plus ou moins régulièrement un article sur le monde qui m'entoure. Arriverais-je à tenir bon une fois les élections législatives passées?
 
Les nouvelles du moment sont donc :
 
- je révise, je bachote, je buche, je me bourre le crane. Tous les ans, c'est pareil mais je ne parviens pas à m'y habituer. La seule véritable habitude que j'ai acquise en quatre ans d'études (acharnées), c'est celle de repousser les révisions à plus tard. Il y a un mois, certaines de mes amies commençaient déjà à préparer les examens. Moi, j'avais à peine commencé à ficher certaines de mes matières, mais c'était juste histoire de me rassurer, histoire de me faire croire que j'étais une étudiante sérieuse. Lorsqu'on me parlait d'examens, je rigolais... J'avais encore le temps pour rigoler. A quelques jours des "gros" partiels (procédures collectives, sûretés, droit pénal des affaires, droit comparé), je ne peux plus vraiment repousser cette échéance joyeuse. La question consiste à savoir comment je vais réussir à enregistrer toutes ces informations -certaines intéressantes, d'autres pas . En me couchant à 00h30 après une joyeuse soirée de fichage, avec en bruit sonore la TV à laquelle je n'ai plus droit jusqu'au 13 juin (date de mon dernier examen) a plein tube en bas (ma mère et Margaux, elles, y ont droit et ne se privent pas de me le faire savoir!), je m'inquiète toujours : "est-ce que je ne peux vraiment pas continuer un peu? Continuer le chapitre?". A 00h30, mes yeux se ferment d'eux-mêmes et la réponse semble donc évidente... Ah si seulement j'avais la science infuse!
 
- j'ai retrouvé le fascicule contenant les nouvelles dispositions en matière de procédures collectives (loi du 26 juillet 2005) dans mes affaires, un peu par miracle. Désespérée, j'en étais même venue à téléphoner à certaines de mes amies également juristes en herbe pour leur demander si elles pouvaient me prêter le leur. Aucune d'entre elles n'avaient entendu parlé de cette annexe au Code de commerce 2006 donc pas de chance. Les amies du Master 1, bien que pleines de bonne volonté ne pouvaient me sortir du pétrin vu qu'elles en avaient également besoin. Catastrophe vu que pour le partiel, il me faut absolument ce putain de code (oups!) et que foutre en l'air 42 euros (incroyable qu'un code coûte si cher alors que le papier est de mauvaise qualité, la reliure ne tient pas bien et que ... "nul n'est censé ignorer la loi") à quelques mois de mon départ pour Albany. Car je crains fort que mon Code de commerce tout neuf ne me soit pas très utile aux USA (à part pour leur montrer l'intérêt d'un code législatif!!) et qu'il soit démodé/périmé/dépassé/pas à jour (pour peu que Sarko nous mette une nouvelle réforme) à mon retour en France. Par chance, je l'ai finalement retrouvé au milieu de mon foutoir.
 
- je n'arrive plus à dormir comme il le faudrait. Je me couche tard pour finir mon chapitre. Quand je me couche enfin, je suis KO mais impossible de fermer l'oeuil. Il est généralement 01h20 quand je m'endors. Le réveil sonne tous les matins à 07h00 et j'ai un mal fou à sortir de la chaleur et la douceur de mes draps. Je vais profiter de ce week-end pour bosser certes, mais pour dormir aussi.
 
- après un "creux" au cabinet d'avocats, mon activité de stagiaire bel et bien repris. Mon avocat préféré est rentré de Guadeloupe et pense à moi à chaque fois qu'il faut rédiger des procès-verbaux d'assemblées générales d'associés ou d'actionnaires. Chic! Au bout de mon Xième PV, je commence à me lasser un peu et j'ai quelques doutes. Juriste en droit des affaires, ça me semblait super intéressant jusqu'à maintenant mais je suis pas si sûre de vouloir continuer là dedans. D'autant que j'ai de véritables lacunes en comptabilité et en droit fiscal, ce qui me gène un peu étant donné que "droit des sociétés" ryme désormais avec "avantage fiscal????".  On m'a fait deux propositions de stage que j'ai du refuser (sniff), dont une pour la rédactions de contrats anglais et américains.
 
- le 15 juin aura lieu la "prom" organisée par l'association de mon diplôme. Je suis super excitée à la l'idée de "vivre" ce genre de stupidité mais la perspective de trouver LA robe dans laquelle je me sente à l'aise et féminine me contrarie. Je n'ai pas le temps de faire du shopping exprès, pas de robe qui corresponde au "dress code" imposé, par la morphologie d'une top modèle sur qui même un sac poubelle est admirable...
 
- outre la fête susmentionnée, je compte beaucoup BEAUCOUP sortir après mes partiels. J'ai besoin de rattrapper le temps perdu. J'ai un grand besoin de sorties agitées et de "Paris by night". Avis aux amateurs/amatrices. D'autant qu'avant mon départ en contrée lointaine, il va falloir que je me promène et que je photographie (pas trop mais quand même un peu) tout ce qui me fait aimer Paris, tout ce qui risque de beaucoup me manquer. Ca me fait un peu peur, je ne voudrais pas devenir nostalgique alors que je vais vivre mon "American dream" à moi.
 
- vivre en toute indépendance, enfin. Grand besoin de complète indépendance. Mes parents, en particulier ma mère, ne sont pas du genre super protecteurs. Tant que je leur dit que je sorts et que je rentrerai, je fais ce que je veux. Mais j'ai envie de pouvoir faire mes petites courses, de trouver mon rythme à moi, de n'avoir absolument aucun compte à rendre, de faire le ménage quand bon me semble, de rire et de m'engueuler avec mes colloc. A part mon contrat de bail et la confirmation email de mon acceptation à la Albany Law School, je ne sais pas encore ce que je vais faire là-bas. Il parait que j'y vais pour étudier...
 
- politique, un de mes sujets préférés : les législatives arrivent à grand pas. Dans ma circonscription (Fontenay-Vincennes-Saint Mandé), le candidat socialiste ne passera jamais. Le député sortant, Patrick Beaudoin, par ailleurs maire de Saint Mandé, est UMP et les électeurs de Vincennes et de Saint Mandé sont notoirement connus pour adhérer aux idées de droite. Les élécteurs de Fontenay ne feront pas et n'ont jamais fait le poids. En lisant le prospectus du candidat PS, j'ai tout de même appris que mon député sortant avait voté les projets de lois pour le rétablissement de la peine de mort pour les terroristes et pour l'apprentissage à l'école des "effets bénéfiques" de la colonisation française. C'est une honte! Pour le reste, Sarko nous apparaît tellement bronzé que ça en est moche, il nomme tous ses copains aux postes clefs de la vie sociale, la presse est muselée, le Président est un people comme un autre (mais un véritable politicien je ne sais pas) et je m'en tiendrais là pour ce soir...
May 17

My Dear Country

 
Cette chanson résume très bien mon état d'esprit depuis l'élection de Nicolas Sarkozy et sa récente (et si people) entrée à l'Elysée. C'était également mon état d'esprit lorsque cet idiot de George Bush a été réélu en 2004 (et cette fois ci, il était malheureusement bel et bien élu). Pour ceux qui lisent l'anglais et/ou apprécient la voix suave de Norah Jones :
 
 
 
Twas Halloween and the ghosts were out,
And everywhere they´d go, they shout,
And though I covered my eyes I knew,
They´d go away.

But fear´s the only thing I saw,
And three days later ´twas clear to all,
That nothing is as scary as election day.

But the day after is darker,
And darker and darker it goes,
Who knows, maybe the plans will change,
Who knows, maybe he´s not deranged.

The news men know what they know, but they,
Know even less than what they say,
And I don´t know who I can trust,
For they come what may.

´cause we believed in our candidate,
But even more it´s the one we hate,
I needed someone I could shake,
On election day.

But the day after is darker,
And deeper and deeper we go,
Who knows, maybe it´s all a dream,
Who knows if I´ll wake up and scream.

I love the things that you´ve given me,
I cherish you my dear country,
But sometimes I don´t understand,
The way we play.

I love the things that you´ve given me,
And most of all that I am free,
To have a song that I can sing,
On election day.
 
Norah Jones-Not Too Late
May 13

PS au billet précédent

A titre de Post Scriptum au message "théatre expérimental" :
 
Je tiens à le dire, mon père s'est rattappé par la suite en nous invitant au restaurant thaï. C'était délicieux, sauf que Margaux et moi aurions du éviter le dessert (lol). Thanks Dad!
 
Par la suite, j'ai retrouvé Vannina à Chatelet. De là, nous nous sommes intallées dans un bar dans lequel j'étais allée il y a très longtemps et dont je gardais un bon souvenir, un endroit assez "branchouille" mais sympa. En plus j'adore leur cocktail vodka+cerises amarena!! Confidences et gosip sur l'époque du lycée étaient de circonstence. J'ai passé une très agréable soirée. S'il n'y avait pas eu l'éternel problème du dernier RER, nous serions allées danser pas trop loin.
 
 
 
 

Théatre expérimental

 
J'étais invitée hier par mon père et Brigitte pour une pièce "originale". Autant dire que si j'avais su que ce serait si "original", je n'y serai pas allée. Il s'agissait d'une réadaptation de la Tempête de Shakespeare.
 
Avant de nous faire rentrer, l'ouvreuse nous fait savoir qu'il s'agit surtout d'une "libre interprétation" de la Tempête de Shakespeare. Le terme, un peu trop "artsy" à mon goût, me faisait déjà très peur. On entre dans la salle et là, je vois la scène et je me demande : "Mais que fais-je ici? Ne vaudrait-il pas mieux faire demi tour avant que cela ne commence?". Car la scène était recouverte d'une bâche en plastique, du genre de celles que l'on trouve sur les chantiers de peinture, au travers de laquelle on voyait tout un attirail informatique de sono et lumière : la régie avait été installée sur scène!!! Je flippais grave... et les acteurs n'étaient pas encore montés sur scène!
 
10 minutes d'une musique interminable mélée aux bruits du vent et de la mer... Car notre vaillant metteur en scène souhaitait nous emmener en mer. En même temps, nous nous en doutions un peu puisque je le rappelle, il s'agissait de la Tempête de Shakespeare. Petit rappel au spectateur : au bout de 10 minutes de musique et de bruitages, les images d'un bateau à voile apparaissent et voilà que nous voyons des marins lutter contre la fougue des vents et la dangerosité d'une mer agitée ... mais toujours pas d'accteurs.
 
Entrent deux hommes et je me dis : "Ah, ça y est, on va enfin pouvoir regarder quelque chose". C'était sans compter qu'ils sortiraient un long tissu troué, l'étireraient et le passeraient au dessus des spectacteurs à coup d'imitation de vagues. "Au secours, où suis-je?".
 
Je rassure mes lecteurs, s'ils ont besoin d'être rassurés : les acteurs (2 en tout) ont fini par venir et ont même daigné nous parler. Mais l'un d'entre eux s'avérait être notre metteur en scène - maître des régies sons et lumières. Résultat : entre deux "Ne tinquiètes pas Miranda"- ou plutôt "Ne-t'inquiètes-pas-Miiiiranda! ", il lui fallait lancer une nouvelles musique languissante, allumer une nouvelle lumière, régler le son stridant, et surtout JOUER SON ROLE!!! Je n'ai pu comprendre qu'une chose de l'ensemble de la pièce : cet homme est polyvalent, ou tout du moins tente de l'être.
 
La Tempête, une des pièces les plus complèxes écrites par Shakespeare, a ainsi été réduite à quelques sons, quelques effets de luimères, deux acteurs exécrables, un metteur en scène excentrique, un méchant Prospéro qui hurle "Vengeance" (mais vengeance de quoi, point nous ne saurons), un gentil-méchant Caliméro qui danse très mal, une Miranda transie par la peur et légèrement débile. L'intrigue est tout bêtement tombée à l'eau.
 
Il y a un moment de cela, j'avais déjà été voir la Tempête au Théatre Sylvia Monfort. La mise en scène avait été ratée - bien que rétrospectivement, je dois dire qu'elle était admirable par rapport à celle d'hier. A l'époque déjà, on cherchait à nous montrer la modernité de la pièce et tout avait été transposé dans notre époque.
 
Quelle tristesse d'en arriver là. A force de vouloir placer la mise en scène ou l'acteur au centre de la performance, on en oublie l'histoire. A force de prouesses, le texte est réduit, ridiculisé, gaché. A force de modernisme, Shakespeare doit se retourner dans sa tombe. Le plus malheureux dans tout cela, c'est que l'on ne peut rien dire. Les termes utilisés ne manquent pas : "alternatif", "artistique", "expérimental", "original", "conceptuel", "moderne". Moi j'appelle surtout cela de la MERDE. Mais si j'ai le malheur de faire connaître mon avis, je serai immédiatement traitée de "psycho rigide", "fermée d'esprit", "ignare", "complètement pas 'in' ". Alors soit! Mon avis vaut ce qu'il vaut, mais vu la beauté des textes, c'est eux qu'il faut mettre en valeur en minimisant les effets de mise en scène pour permettre aux acteurs (à condition qu'ils soient bons) de sortir tout leur jeu. Les textes et Shakespeare traversent les époques.
 
Tout cela contribue au mépris que nous pouvons avoir pour les artistes, qui nous semblent alors vivre sur une autre planète, et qui nous méprisent à coup de "tu ne comprends donc pas que c'est ma-gni-fi-que????". Pour ma part, j'ai été tellement déçue par la scène "nouvelle", et manifestement je continue de l'être, que j'ai tendance à me réfugier dans des théatres dont je sais qu'ils respecteront le cadre d'époque. Je me souviens du Bourgeois Gentilhomme de Molière que j'avais été voir avec ma classe (j'étais en 5°!!) au Théatre Saint Antoine. Les acteurs étaient en costume d'époque (perruques, bas de soie, pourpoint et haut de chausses) mais l'histoire qui m'était racontée aurait pu avoir eu lieu à notre époque. Autant j'adore la danse moderne et je suis prête à payer assez cher pour aller voir un bon spectacle, autant je suis de plus en plus déçue par la scène thétrale. Même lorsqu'il s'agit de nouvelles pièces, qui n'ont pas encore été mises en scène, il ressort un tel goût prononcé pour tout ce qui est torturé, triste, ennuyeux et "alternatif" que j'en suis dégoûtée. Bien que cela se fasse moins souvent qu'au théatre, l'opéra souffre également de ce phénomène.
 
Je ne suis pas en train de dire qu'il faille reprendre de vieilles mises en scènes sans rien y changer mais par pitié, cessez de bousiller les textes!! Respectez leurs auteurs.
 
A bien y réfléchir, vu le prix d'une place de théatre, je ne suis pas étonnée que le théatre et les théatres aient la vie dure. Pour 6 à 10 euros aujourd'hui, on peut aller voir un bon film, s'amuser et sortir diverti(e) et content(e).
May 07

Un nouveau Président

 
Hier matin, 11 heures, réveil tardif pour la lève tard que je suis et qui de surcroît venait de passer une soirée d'enfer la veille (merci Marie-Anne + le groupe de mecs qui nous ont ramenées!!). Hier matin, 11 heures 15 minutes et 30 secondes (il m'a fallu tout ce temps pour vraiment émerger) : Maman me rappelle qu'on est le 6 mai et qu'aujourd'hui, c'est jour de grâce, il faut voter. Comment ais-je pu oublier? Inconsciemment, au très profond de mon fort intérieur, je devais déjà savoir le résultat et je devais déjà être en train de refouler tout ça... Quelques secondes pour cogiter là dessus et Maman m'annonce la nouvelle : elle est déprimée (mais j'ai pas trop compris pourquoi) et en plus Ségo va perdre, c'est certain. Petite altercation du genre : "Maman, je veux pas que tu parles de malheur, il faut y croire etc".
 
Hier après-midi, 14 heures. Le bureau de vote 031 à l'école primaire Victor Duruy de Fontenay-sous-bois est vide. Direction l'isoloir : le choix est fait, tout mon entourage le connaît. Mon ancien voisin le fou furieux est fidèle à son poste de scrutateur, toujours là pour écorcher mon nom (mais vu que y'avait personne cette fois-ci, je m'en tapais). Un inconnu lui donne mon numéro d'électrice et le voilà qui chante "Madame Jessica Gyna Dillon" (1) je suis pas mariée et j'en ai pas l'intention donc c'est Mademoiselle 2) Dillon avec le bel accent bien français, comme si t'étais pas au courant que ça se disait "dilone" 3) et la mairie qui s'est encore plantée sur mon middle name... c'est la débandade complète). Plop, l'enveloppe bleue tombe dans l'urne plastique et rejoint ses nombreuses consoeurs. "A voté". Je signe de ma plus belle écriture. Ca y est, j'ai accompli mon devoir de citoyenne. J'adore ce décorum et tout le symbolisme de la procédure : vérification de la carte d'électrice/tous les bulletins de vote et une enveloppe bleue/l'isoloir/la carte, son numéro, le nom/le plop de l'enveloppe qui tombe/le "a voté"/le "au revoir, bonne journée". Mais je redescends vite sur Terre : à peine sorties, Maman me dit que de toute façon c'est Sarko qui passera, qu'il faut s'y résoudre. Si seulement j'avais pu être Sarkozyiste... C'est pourtant pas faute d'avoir essayé de me convaincre.
 
Hier soir, 18 heures 10 et le téléphone sonne. Je hurle à Maman avant qu'elle ne réponde : "je te parie que c'est Olivier [le copain de Maman] avec les résultats". Ce sera ma seule victoire de la journée car c'est effectivement lui. Son copain qui travaille à la rédaction du Monde connaît les résultats et l'a appelé pour partager généreusement la nouvelle, que Olivier se doit de nous faire connaître. Sarko gagne haut la main et tous nos espoirs s'écroulent. On n'aura que très mollement cru à la Ségosphère mais on y aura cru quand même.
 
Hier soir, 19 heures. Marie-Anne sonne à la maison et à mon visage, elle devine que je sais déjà. "Sarko?". Hochement de tête. Et ensemble : "Merde". Au moins, l'avantage dans tout ça, c'est qu'on ne parlera que de ça, donc pas de tous nos autres problèmes existentiels (les miens, en tous cas, sont d'une importance vitale, faut pas croire!!).
 
Sarko gagne et même si la perspective des cinq prochaines années ne me réjouit pas franchement, il a véritablement gagné. 53%, ça c'est une victoire claire et sans compromis. Sarko bénéficie donc de toute la légitimité du peuple français pour "changer" la France.
 
J'ai ralé toute la soirée devant la TV. Maman, Margaux, Marie-Anne et le paquet de chips au paprika essayaient vaguement de me calmer. Abrutie, j'ai vu Johnny, Steevy, Enrico Matias, Mireille Mathieu, Faudel et toute cette belle France applaudir cette franche victoire et faire la fête. J'ai vu Ségo sourire et encourager ses militants, sans très bien comprendre pourquoi mais en étant tellement impressionnée... Elle s'est battue jusqu'au bout, elle a su déjouer tous les pièges qui lui étaient tendus, au sein de son propre parti comme à l'extérieur, elle s'est améliorée sur le plan oral et, à titre personnel, elle m'a impressionnée lors des débats avec Bayrou et Sarko. Si seulement je pouvais encaisser les mauvais coups comme ça! J'ai chanté la Marseillaise, histoire de ne pas laisser nos braves Sarkozyistes penser que cet hymne leur appartient, qu'ils savent le chanter mieux que d'autres, qu'ils représentent mieux la France que nous autres pauvres gauchistes éparpillés et tellement déçus. "Allons enfants de la Patrie, le jour de gloire est arrivé ..."
 
Je ne suis pas très bonne perdante en effet, mais je dois concéder à M. Sarkozy et à ses partisans : VOUS AVEZ GAGNE et BRAVO. Le discours de la Salle Gaveau prononcé par Nicolas Sarkozy hier était un beau discours rassemblateur et un message fort en direction de l'étranger. Je vous le concède. Il vous incombe à présent de relever la France et pour cela la gauche comme les partisans de l'UMP vous attendent au tournant. A bien y réfléchir, vous allez traiter les questions auxquelles votre propre gouvernement, de 2002 à aujourd'hui, n'a pas osé toucher ou a lamentablement échoué: retraites, déficit, impôts, emploi, Sécurité Sociale, banlieues, justice, immigration et morale démocratique (selon vos propres termes). Des réformes nécessaires que Ségo souhaitait appréhender d'une autre manière. Bon courage, faites de votre mieux mais faîtes... Faîtes vite, puisqu'apparemment les français ont besoin de rapidité dans l'élaboration de textes de lois qui revêtent pourtant une telle importance pour notre avenir qu'ils mériteraient un examen approfondi. Faîtes et en mauvaise-bonne perdante que je suis, faîtes tout cela en vous rendant le plus impopulaire possible... Ainsi, la gauche une fois reconstruite pourra passer après vous à l'Elysée et rattrapper vos dérapages en matière sociale.
 
A nous de reconstruire une gauche puissante à partir de celle qui s'est disloquée, tiraillée et gachée... Reste tout de même les législatives pour rafler le maximum de sièges dans l'Hémicycle et constituer une véritable opposition, un bloc, un "check and balance".
"Aux armes citoyens, Formez vos bataillons, Marchons, Marchons, Qu'un sang impur Abreuve nos sillons!"
 
Petit lot de consolation trouvé dans les feuillets de l'édition spéciale Elections du Monde d'aujourd'hui : à Fontenay-sous-bois, Ségolène Royal l'emportait à 56%.
 
Même avec Sarkozy, j'aime ce pays qui a encore fait preuve d'une ferveur démocratique. Oui! Si le choix politique ne me satisfait pas, je suis fière d'être française. Vive la France et Vive la République!
 
 
 
 
 
 
April 29

Entre deux tours

Même si tout le monde s'y attendait, je pense pouvoir dire que c'est un grand soulagement de voir Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy arriver au deuxième tour de ces élections présidentielles. Retour à une vraie démocratie, et si nous sommes revenus à la logique des "deux blocs", je pense que c'est pour le mieux. Nous avons deux programmes et les français n'ont plus qu'à choisir ce lui qui leur convient le mieux.
 
Mes peurs de revoir Le Pen passer au second tour se sont évanouies à la minute ou j'ai entendu qu'à 12h, plus de 30% des électeurs s'étaient déjà déplacés. Ce qui avait bénéficié à Le Pen en 2002, c'était l'abstention et la décevante campagne de l'époque. 2002 aura au moins servi de leçon pour ceux qui croyaient que la politique pouvait très bien se faire sans eux. Avec 85% des électeurs s'étant déplacés pour aller voter, je crois qu'il est légitime de dire que notre démocratie s'est remise en marche. La presse étrangère salue elle aussi ce regain d'entousiasme pour une élection capitale.
 
Saluons aussi l'étonnante campagne, à nombreux rebondissements, grace à laquelle les candidats, de tous bords, ont du donner leur avis sur différentes questions épineuses. Les français sont exigents vis-à-vis de leurs politiciens et désormais la classe politique l'a compris. Je désapprouve néanmoins Nicolas Sarkozy, qui lors du débat organisé par France 2 dans l'émission "A vous de juger" d'Arlette Chabot s'attribue une bonne part de ce succès, affirmant que si 85% des franaçsi sont allés voter c'est grosso modo grace lui. Non, M. Sarkozy, si 85% des français sont allés voter le 22 avril dernier, c'est parce qu'ils se sont sentis concernés par cette campagne, et vous ne pouvez vous gratifier que des 30% qui ont déposé votre nom dans l'urne.
 
Nouvelle initiative à noter également. Notre "troisième homme" a obtenu suffisamment de suffrages exprimés pour pouvoir compter dans le deuxième tour. M. Bayrou n'en abusez pas, vous avez tout de même été éliminés de cete course. Vous avez le mérite d'avoir forcé le débat mais cela s'arrêtte là. La tentative d'un parti du centre s'avère un échec les français ayant clairement préféré un vrai "duel" gauche/droite quoi que vous en pensiez, et quoi que M. Sarkozy et Mme Royal veulent bien en dire à présent qu'ils ont besoin de vos voix pour accéder au "Château". Hier avait lieu sur les ondes de BFM TV et RMC le débat Royal/Bayrou. Le débat a été enregistré et peut être écouté et réécouté sur internet - avis aux amateurs - et a permis aux deux présidentiables d'exprimer les points de désaccord autant que leurs convergences. Si j'étais pour ma part assez sceptique quant à cette intiative, il faut dire que la façon par laquelle elle a été réalisée m'a beaucoup plu. Mme Royal ne pourra véritablement en tirer profit lors du procain débat qui l'opposera, et le terme est volontairement choisi (car Sarkozy n'accordera rien à Royal et vice-versa), mais c'est une bonne image qu'elle donne.
 
Grosse surprise. La presse anglo-saxone qui jusqu'à présent critiquait ardemment Mme Royal pour son manque de pragmatisme est son utopisme et qui acclamait le projet libéral M.Sarkozy se met à accuser ce dernier de dangereux!!! Voir Courrier International de cette semaine + NYTimes. Les anglo-saxons commenceraient-ils à comprendre l'intérêt d'une démocratie sociale?
 
Pour ma part, je voterai Ségolène Royal. Les critiques quant à son "inexpérience" n'ont à mes yeux aucune valeur. Cette femme se fera une expérience, le poste l'exigera d'elle, et elle n'est pas non plus incompétente. J'espère qu'elle saura se démarquer de certains de ces confrères et consoeurs du PS, qui sont à mon goût trop attachés à l'idée d'un Etat-Providence, bon à tout faire, surtout quand il faut payer et donner. L'avenir est dans la "sociale-démocratie" (entrée dans l'économie de marché mondialisée et compétitive et atténuation des effets pervers de la mondialisation sur le plan interne), selon la formule de DSK et avec son récent intérêt pour le parti centriste j'espère qu'elle saura s'y référer. Moi qui ai été un "presque convaincue" du projet de Ségo, j'avoue de je voterai pour elle en étant toujours "presque convaincue" (mais pas encore totalement) et pour éviter Sarko.
 
 
 
April 13

Programmes?

Bonjour à tous/toutes,
 
Comme promis, j'ai lu les différents programmes des trois principaux candidats (le 4ème, je ne lui donnerais pas la satisfaction ni de le nommer ni de perdre mon temps à lire ou à essayer de lire son torchon). A une semaine du premier tour, je me sentais tenue de m'informer, tenue de lire ces programmes (bien que j'ai d'autres lectures tout aussi (peu) passionnantes). Maintenant que je suis une citoyenne modèle et que j'ai lu les programmes, j'avoue ne plus trop savoir plus qui voter... LOL. Moi qui en était certaine encore hier. Les programmes sont un peu décevants, par manque de réalisme et par amour de la grandeur et de la grandiloquence.
 
D'où il suit les remarques suivantes (excusez le formalisme mais je suis sortie du cabinet d'avocat à 20h hier, exprès pour terminer de relire les conclusions de mon "chef", à la suite de quoi j'ai du expliquer pourquoi je n'étais pas d'accord avec sa conception de la définition juridique du licenciement sans cause réelle et sérieuse... voilà pour la petite anecdote, maintenant passons aux choses sérieuses) :
 
I. Un Parlement plus fort pour une démocratie plus forte?????
 
Sarkozy, Bayrou et Royal - je suis heureuse de vous l'apprendre - ont au moins un point commun : ils veulent changer la Constitution. Les deux derniers veulent même en finir avec cette antiquité (1958 tout de même) et ouvrir la voie à une VIème République. Tous veulent donner plus de pouvoir au Parlement, ce qui en réalité veut dire donner plus de pouvoir aux députés à l'Assemblée Nationale (les séanteurs eux, on les laisse vu que ce sont tous de vieux croutons et qu'ls sont là pour avoir une retraite dorée).
Logique du raisonnement : si les français élisent les députés au suffrage direct et si les députés bénéficient de pouvoirs plus étendus alors la France sera plus démocratique.
Bayrou et Ségo proposent d'introduire la proportionnelle (de mon avis de constitutionnaliste : à éviter) et d'interdire le cumul des mandats (de mon avis de citoyenne : ça aurait du être le cas depuis des lustres). Autre proposition phare : abolir l'article 49-3 de la Constitution (ce qui interdirait au gouvernement de faire passer en force un projet de loi qui a trop attendu). Sarko propose lui de renforcer l'opposition (car il ne veut "pas gouverner seul"(c'est ce qu'il a sans doute pensé avant de dire à Azzouz Beggag qu'il allait lui "casser la gueule" pour avoir rejoint le camp UDF) mais drôle de tactique quand même). Il veut également astreindre le Président de la République à rendre des comptes de manière régulière au Parlement.
En première année de droit à Nanterre, j'avais pour professeur de droit constitutionnel l'éminent Guy Carcassonne. Avec lui, nous avons appris pourquoi la Vème République avait été batie ainsi. Il me semble qu'en renforçant les pouvoirs du Parlement et au vu de l'histoire qui nous précède, nous ne parviendrons pas à l'objectif de plus de démocratie en remettant à plat le principe que le Parlement débat et le gouvernement+ Président (élu au suffrage universel depuis 1962). Car si en théorie cela parait possible, à l'image du Parlement américain (bien qu'avec l'adminsitration Bush, le Parlement ait largement été réduit à son rôle d'approbateur), la lutte pour le pouvoir en France est si intense entre le governement et les parlementaires qu'à donner trop de pouvoir à ces derniers, le premier serait réduit à ne rien pouvoir faire. Quant à l'idée de Sarko d'un Président responsable devant le Parlement, elle frise en ridicule : pourquoi le Président, qui aurait été élu par les français dans leur ensemble, devrait-il rendre des comptes à des députés? Non, s'il doit s'afficher en ardent défensseur des valeurs de notre pays et doit rendre des comptes, c'est à ces électeurs! Se sont d'ailleurs les seuls capables d'agir à son encontre en cas de défaillance de sa part : les députés ne pourront rien sanctionner et seront cantonnés à écouter un monologue dans lequel le Président exposerait ce qu'il pense avoir fait pour la Nation, tandis que nous électeurs pourrons décider de ne pas le réelire (s'il se représente... dans le cas contraire, il admettrait lui-même avoir été nul).
Sarko et Bayrou veluent soumettre la nomition de certaines personnes à certains postes de l'Etat à l'approbation  du Parlement. M. Sarkozy, nous savons que vous aimez les Etats-Unis et que vous rêvez d'instaurer en France leurs mécanismes. D'une, il aurait fallu que vous naissiez américain, mais pas de chance, comme le rappelle si aimablement M. Le Pen vous êtes "un enfant de l'immigration", vos parents ont immigré vers une contrée qui fat tout pour ne pas ressembler à ce modèle. Etant moi-même américaine, je suis à l'aise sur le sujet. A voir comment se déroulent les nomintations des juges suprêmes aux USA, je ne suis pas si sûre de vouloir de ce système. C'est la vie de ces personnes que vous étalerez devant les députés, en leur demandant de juger du moindre écart de jeunesse, de justifier de la moindre opinion émise.
Enfin, pour clore un chapitre purement juridique, il s'avère que la pratique constitutionnelle qui s'est développée depuis 1958, surtout en 1974 a permis, sinon de transformer, d'adapter les outils que met à disposition la Constitution. Ce sont nos politiques qui doivent changer, pas la Constitution.
 
 
II. Des solutions diverses pour un probème global : le pouvoir d'achat, le chômage, la croissance.
 
Cf : message précédent
Rien de très novateur : à droite, on propose plus de travail, moins de charges/ à gauche, plus d'aides aux entreprises en contrepartie de quoi elles doivent s'engager. Sur ce point Bayrou reprend certaines propositions de l gauche et de la droite, réecrit le tout à sa sauce, ce qui donne un ensemble très hétérogène sans grande cohérence.
Les candidats Ségo et Bayrou semblent s'attacher au robèm de l'école et quand on pense, pourquoi pas : si meilleure formation, meilleure main d'oeuvre, donc meilleurs produits donc plus de contrats avec les entrerpises atirées en France, donc moins de chomage et plus de croissance, donc plus de pouvoir d'achat, donc plus de marge pour les entreprises, donc plus d'investissements en recherche, donc meilleurs produits ... Ah, si tout était si parfait!
 
 
III. L'embêtante dette publique
 
Pas tout bien compris. Je relis et j'en reparle.
 
 
IV. L'Europe du libre échange ou l'Europe sociale?
 
Grave question qui divise les français. Sarko et Ségo n'en parlent pas. Seul Bayrou s'y colle. Et proposition surprenante: un nouveau projet de Consitution européenne... également soumise au référendum des français!! Bravo, tu n'as pas su tirer les enseignements des conneries de Chirac (alors que paradonxalement, Sarko les a très bien comprises).
Bayrou, Sarko, Ségo : si vous tenez à changer l'Europe, sachez que les français ne peuvent imposer le changement aux 26 autres Etats-membres. Déplacez vous à Bruxelles, faites bouger les choses mais n'oubliez pas que nous ne sommes pas les suels embarqués et qu'il faudra un consensus.
En revanche, à la tête de l'Etat nous attendrons de vous que vous nous expliquiez les avancées de l'UE et que vous fassiez tout pour rendre l'UE plus proche de ces citoyens.
 
 
V. Les (presque) oubliés.
 
- la sécurité : pourtant le grand dad de Sarko (5 ans au Ministère de l'Intérieur) et raison de la débacle de 2002... Est-ce les français qui ont muri ou les politiciens qui ont compris qu'il ne fallait pas surenchérir?
- l'environnement : le grand loupé de la campagne, le grand loupé de Nicolas Hulot. Certes, les candidats se sont engagés sur le Pacte et certes Bayrou et Ségo y consacrent une page de leur programmes respectifs, mais tout cela a un goût d'inachevé.
- le logement : autre grnd loupé, mais des Enfants de Don Quichotte cette fois-ci... Ségo reste seule à développer la problématique et elle propose le service public de la caution, le plafonnement du loyer à 25% des revenus des foyers modestes, la mise à disposition du parc locatif privé et public, la construction de nouveaux logements sociaux.
 
 
VI. Les inutiles qu'on n'a pas oublié
 
- la fierté d'être français
- le rétablissement de l'autorité, du respect et du mérite (résolution n° 9 du programme de Sarkozy)
- les expériences de chacun
 
 
Infos complémentaires :
 
Ségolène Royal en meeting à Besançon, jeudi 12 avril. | AP/MICHEL EULER 
Ségolène Royal en meeting à Besançon, jeudi 12 avril.
 
 
Nicolas Sarkozy au début de son meeting à Toulouse, jeudi 12 avril. | AP/CHRISTOPHE ENA
Nicolas Sarkozy au début de son meeting à Toulouse, jeudi 12 avril.